jeudi 16 septembre 2004

...

“Hey mister you can never own me,
I only let you hold me like a cat…

You rescued me, I didn’t want to be saved
I got tired of your missionary position babe...”


Cyndi Lauper - Like a Cat


Les basses commencent. Simples, chaudes, bientôt suivies de quelques percussions. Puis trois notes sèches. Qui se répètent. Et cette fille commence à chanter, de sa voix de jeune Américaine pas sentimentale.

J’aime Shaznay Lewis pour son ton léger, régulier, presque parlé, qui sonne comme la vie de tous les jours, comme des pas sur le pavé. Cette musique déclenche en moi une émotion particulière car elle ne provient que de moi-même, et pas de déchirants accords ou de vocalises sophistiquées. C’est ma vie, quoi. Perdue dans des pensées vagues, des fumées blanches et bleues.

Puis-je, moi, compter encore sur moi? A force d’en douter, je finis par douter d’en douter. C’est ma faute, si ma vie est aussi compliquée. Difficile.

Il y a des jours comme ça où je crée une fille par pur plaisir. Je lui donne un nom, et un visage et des habitudes. Elle finit dans une nouvelle quelconque, avec une histoire quelconque et je l’oublie (presque). Mais il y a aussi des jours où je ne peux plus me dissimuler la vérité.
Ne pas voir que cette fille, c’est moi.

Aujourd’hui, je suis honnête. Trois paragraphes et je me ravise, cette fille n’aura pas de nom, en trois clics elle devient « je », se destine brusquement à mon blog plutôt qu’à la littérature, et tombe dans le pitoyable. Ça paraît si stupide. Attribuer lâchement mon désordre intérieur à quelqu’un qui n’existe pas est reposant. Je peux la respecter, je peux la juger, je peux réfléchir à ses problèmes et lui inventer des solutions. Je peux l’aimer aussi. La voir et la sentir. Imaginer sa grâce, ses faiblesses, ses violences, lui trouver des amis, des frères. Lui dessiner un monde. Un jardin broussailleux comme un écrin. Plus le trait se précise et moins elle me ressemble, et elle finit par atteindre ce que à quoi j’ai toujours tendu. La Beauté.

Je suis une putain de schizo, hein.
Si seulement la vie ne pouvait être que sensations. « Wild Horses ». Les Rolling Stones. Pourquoi ce lecteur que je maudis souvent pour son insolent manque de discernement ne passe t-il aujourd’hui que ce que j’ai envie d’entendre ?

Etrange lumière, qui semble tout figer. Les nuages doivent filtrer le soleil, c’est tout ce que je peux supposer depuis ma place, avec cet échantillon qui se découpe par la fenêtre. Les feuilles se dorent sans bouger, les oiseaux lancent leurs ombres parmi les cimes. Un soir d’automne, serein. Je me sens gamine : bientôt l’heure de rentrer… mais non, Maman, je veux encore faire du roller, juste le tour du quartier…

Bientôt l’heure de nettoyer cette putain de salle de bains… mais non, Maman, je veux encore raconter du rien à des gens qui s’en foutent.

Au fond, écrire, c’est comme le roller : ça fatigue et ça sert à rien.Mais sur le moment, ça paraît toujours indispensable.

1 commentaire:

Seppuku a dit…

J'aime toujours autant ta façon d'écrire. Je n'y peux rien, elle me touche. Vraiment.

Bises et à bientôt, litchee baby.

(Je me suis créé aussi un blog, comme tu peux le constater).
Gauvain