lundi 6 septembre 2004

lettre nocturne

Cher toi que je ne connais peut-être même pas,

Bonsoir. Comment vas-tu?

Personnellement - c'est gentil de t'en préoccuper - je vais bien. Il est 2 : 06 (non, pas 14 : 06, 2 : 06), je suis dans mon lit et je t'écris. Sur une feuille blanche à petits carreaux, à l'aide d'un stylo Stabilo point 88 fine 0.4 de teinte vert forêt des Landes.
C'est pas que ça me fasse plaisir de te l'avouer, Machin, mais à une heure pareille j'aime autant être honnête avec toi: si je t'écris, c'est principalement parce que je ne dors pas. Sinon, tu penses bien que je serais déjà pelotonnée dans les jupes de Morphée.
Si je ne dors pas, c'est parce que je ne peux pas dormir.
Si je ne peux pas dormir, c'est à cause de Paule.

Oh! Je l'aime bien, Paule. Elle est douce, aimable, elle se souvient toujours des anniversaires et elle est imbattable au Jungle Speed. Et puis elle est marrante, toujours première sur la déconne.

Pourtant, elle a huit pattes.

Et je crois bien qu'elle s'est planquée sous un poster. Je me demande ce que je préfère: quand elle se tapit dans un recoin, style je surveille je fais acte de présence je suis velue et j'ai les pattes ramassées comme si je m'apprêtais à te sauter à la figure... ou quand elle se glisse comme ça entre le mur et l'affiche. Une jolie, Calvin Klein, avec Natalia Vodianova, si c'est pas malheureux.

Hé, sans rire, je suis morte de trouille. Je hais les araignées. Je les exècre, je les abhorre, je les vomis, je les recrache. Je suis incapable de dormir, incapable de la tuer, incapable de soulever le poster, j'ai peur, je veux mon papa, je veux une barbe à papa, et un Coca, et un sorbet au litchee et mon doudou et des nouvelles chaussures. Comment ça, "non"?

Honnêtement. Y'a pas mieux à faire, dans un lit, que raconter des conneries couleur forêt des Landes en jetant de temps à autre des coups d'oeil méfiants à un poster patibulaire?
Si. Y'a... plein de trucs. Comme, heu...
Dormir, par exemple.

Chers invités, chers touristes, bienvenue à bord de notre lit à mezzanine Ikea en métal argenté d'environ un mètre 65 de haut. Tout autour de vous, afin d'éviter la chute, vous pouvez apprécier la solidité de nos barrières sécurisées et de notre échelle antidérapante. Sur le mur devant vous, je vous invite à admirer ces superbes ex-pages de magazine promues au rang d'ornements muraux. On dénombre 4 publicités pour l'alcool, 2 couples à moitié nus et une araignée en embuscade - peut-être aurons-nous la chance de surprendre le bel animal au cours de sa chasse nocturne... Sur votre gauche, laissez-vous prendre au charme de cette ravissante lampe de chevet, Ikea également, et de cette étonnante banderole promotionnelle à la gloire de la lingerie H&M (notons, avec un émoi charnel fort compréhensible, la présence à l'intérieur des sous-vêtements de l'inénarrable Naomi Campbell, applaudissements s'il vous plaît). Il vous suffit à présent de baisser les yeux pour contempler à loisir cette boîte de Kleenex d'un très beau bleu de ciel, ainsi que l'imposant tas de Kleenex initialement destiné à armer la capture de l'arachnide Paule (mais lâchement abandonné par le preux litchee dès constatation de l'attitude menaçante du fauve). Parmi les autres objets jonchant le drap, attardons-nous sur la bouteille d'eau vide, le doudou "Chien" élégamment vêtu d'une écharpe tricotée par votre serviteuse à l'âge de onze ans, le téléphone portable très silencieux; et bien sûr les deux bédés (gotlib, margerin), les deux bouquins et les trois harlequin compulsés précédemment dans la soirée ("contrat brûlant", "plaisir volé" et "confession impossible"). Au beau milieu du lit, eh oui, c'est un litchee et c'est même leur reine, dont je vous épargnerai la fastidieuse description (car enfin comment rendre fidèlement le bleu lumineux de ses yeux, les boucles dorées de ses cheveux, la pureté de ses formes pleines, etc. etc.).
Merci de votre attention et à vous les studios.

Tiens, à propos, après comptage et recomptage, seules dix personnes (moi comprise) ont pénétré dans ce lit. Comme quoi, on aura beau persifler, ce lit n'est pas si fréquenté. Bon, c'est peut-être parce qu'il grince. En même temps, si on fait attention, il ne fait pas tellement de bruit.

Ou alors, si peu...

Anyway, je crois que le sommeil va l'emporter sur Paule. Par K.O.
Bonne nuit.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Pour les araignées, conseil d'ami : prendre un magazine assez épais, et écraser sauvagement la bestiole en poussant de grands hurlements barbares destinés à couvrir le petit craquement sinistre et vomitif produit par la destruction de l'arachnide. Technique éprouvée maintes fois par un grand con (moi) qui flippe devant les petites bestioles.

Oui bon après il faut ramasser les bouts d'araignées morte, c'est un peu dégueu mais au moins elle est plus super vivace.

-- Zaza

Anonyme a dit…

L'autre technique c'est d'écraser l'énergumène avec sa paume tant qu'il est sous l'affiche.
Ca évite de salir sont magazine préféré...

Zoup

PS : Juste pour dire que je kiffe les litchees au taquet.

Anonyme a dit…

Ou tout simplement prendre l'aspirateur et attendre le "sluuuuuuuuuuurp" quand la bête entre, laisser tourner le moteur 30 secondes, l'éteindre, le débrancher, le ramener dans le couloir, manger un carré de chocolat blanc au passage, et aller au lit

Quelqu'un qui attend fébrilement chacun de tes posts, et qui tremble de suspens tous les soirs en allant voir si tu nous a fait cadeau de ta jolie prose. J'ai nommé, ton cher Unit 731 pervers et complètement barré dans sa tête. Au revoir !

Litchee a dit…

tsss, c'est bien des conseils de gentilhommes dans leurs gentilhommières, ça. mais sachez, messeigneurs, que je vis - survis - encore, et ce pendant une durée indéterminée, dans la même maison que mon papa et ma maman. alors les beuglements sauvages et/ou l'aspirateur au beau milieu de la nuit, merci mais je crois que je vais m'abstenir.
enfin, Paule et moi cohabitons pour l'instant dans l'harmonie - elle se balade, elle me terrorise un coup, elle retourne se planquer et je me complais dans le déni de réalité ( = dès que je ne la vois plus, elle n'existe tout simplement plus).

quant au plein jour, je n'ai pas besoin de conseils. j'ai l'arme ultime. la solution. la Clé.

"PAAAAAAPAAAAAAAAAAAAAAA !! y'a une grosse bêêêêêêête!!"

(le ridicule ne tue pas. seulement les araignées ^_^)

Anonyme a dit…

Etant moi-mête totalement flippée par la présence de nos "amies" à huit pattes, je dois te conseiller, une fois la bête réduite à néant de la filer aux fourmis. C'est assez impressionnant de voir en combien de temps une fourmi minuscule peut dépiauter un gros bestiaux comme l'araignée.
Enfin je te trouve bien courageuse, personnellement Paule aurai fini par la fenêtre depuis bien longtemps suite à un hurlement strident (poussé par moi) destiné à éveillé l'attention paternelle...ou fraternelle. Sur ce, bonne nuit Saveur Sucrée.