mardi 27 février 2007

nuit blanche

Il est quatre heures et quart du matin et c'est le calme plat. Pour une fois, pas de vrombissements, pas d'éclats de voix qui montent à ma fenêtre. Je ne vois que l'eau de la rivière qui luit par petits touches sous les lampadaires, que les murs blafards et les pavés déserts, sur lesquels ne résonnent aucun pas. L'air est frais et doux à la fois, c'est comme de toucher une pierre mouillée, ce n'est ni glacé, ni tiède. On entend, de temps en temps, un oiseau chanter dans la nuit.

C'est une vision d'une impressionnante étrangeté. On sent déjà que bientôt le ciel va blanchir et muer, que la lumière tombera sur les quais, que les sons de la vie vont reprendre leurs droits. Je crois que c'est un sentiment qui ne peut être ressenti que lorsqu'on n'a pas dormi, la conscience de l'éternel passage du temps, sans la brisure du sommeil; la conscience que la nature va changer, doucement se transformer, s'animer, que les couleurs vont se mélanger à nouveau et faire naître une nouvelle journée, comme hier et comme demain et comme toujours.

En me penchant un peu, les mains sur la rambarde du balcon, je sens qu'une très fine bruine est en train de tomber sur la ville, dans un silence presque religieux.

Qu'y a t-il de plus beau que la vie?