dimanche 18 mars 2007

1947 - 2007

Le plus généreux, le plus drôle, le plus cultivé, le plus tendre, le plus chouette et merveilleux papa qu'on puisse rêver s'est éteint mercredi dernier.
Je ne sais même pas si elle se laisserait décrire, cette gigantesque absence.
Tous ces gâteaux dont je n'assisterai plus à la longue élaboration: makrouds, baklavas dégoulinants de miel et de fleur d'oranger.
Tous ces 33-tours dont certains ne quitteront plus jamais leur pochette.
Tous ces petits soldats dont il avait peint les uniformes à l'exact galon près, et ultime détail méticuleux, les petits moustaches blondes ou brunes.
Toutes ces cloches, gongs, djembés, derboukas, marimba, balafon, guimbardes, congas, woodblocks, harmonicas... et tant d'autres bouts de cuir et de peau dont personne ne saura plus me dire le nom... et qui ne vibreront plus sous ses doigts.
Tous ces gens qui ne recevront plus, à la mi-janvier, une carte de voeux bricolée de fil, de mousse ou de carton...
Toutes ces expressions délirantes, ces interjections mâtinées d'arabe qui ne prenaient vie que dans sa bouche... je ne saurais pas les écrire...
Tous ces potes, tous ces voyages, ces vacances et ces souvenirs, cet humour parfois un rien méchant... un rien seulement...
Toutes ses idées, ses lubies qui restent là, dispersées aux quatre coins de la maison, les livres, les albums de timbres ou de photos, les wargames, les Tintin, les outils de calligraphie ou d'aquarelle, les enregistrements, les interminables wish-lists chez Amazon ou Priceminister, j'en passe tellement... désolée P'pa.

Toutes ces objets sont orphelins maintenant, c'est sûr. Mais pas à moitié autant que moi.

Je suis orpheline du morceau de salami qu'il demandait pour moi au charcutier du marché, tous les dimanches, quand j'étais petite. Je suis orpheline du rugissement du lion qu'il imitait pour moi sur son bendir. Orpheline de notre tisane de fin d'aprem, au son de Led Zepp, de Bach ou des Doors.
Orpheline des noms qu'il me donnait, fleur de printemps, mon p'tit bonheur, petit coeur de beurre. De son regard quand il me voyait jouer de la musique. De nos soirées Nouvelle Star - soirées durant lesquelles il votait... parfois plusieurs fois...
Orpheline de sa chaleur, de sa façon d'être à la fois exubérant et humble, orpheline de mon papa, quoi. Bêtement.
Je pensais faire court et j'ai fait long. Je l'admirais trop, je l'aimais trop pour ne pas vouloir le hurler jusqu'à l'enrouement. Jusqu'à ce que tout le monde le sache. Jusqu'à ce qu'il m'entende, peut-être?
Ce soir, en écoutant notre cowgirl préférée, notre péché mignon à tous les deux, je pense que la seule façon de continuer, c'est de croire que cet amour incommensurable le gardera vivant à jamais.

2 commentaires:

El Jose a dit…

Désolé, même si je ne te connais pas. D'habitude, j'évite de laisser des commentaires dans posts comme le present, en préférant me maintenir en silence. Mais après l'avoir lu, je n'ai aucun doute que ta dernière phrase sera vrai.

Hao a dit…

Il a eu le temps de t'entendre quand il était là. Même si tu as l'impression que ce n'est pas assez (c'est vrai, ça n'est jamais assez, peut être...), il le savait.