jeudi 28 février 2008

Rings

Je viens de lire (relire? difficile de se souvenir, avec le temps qui passe et tout ça) ce post de Matoo sur les bagues des gens. Pour les analphabètes qui ne lisent que mon blog, je résume, en gros il parle de sa fascination pour les bagues, et de leur pouvoir d'expression:

« ...les bagues indiquent la coquetterie, la beaufferie, l’élegance, l’aisance, l’opulence, le souvenir d’une personne, la rupture, le symbole mystique, le cadeau à la tirette, celui de sa communion ou son anniversaire, un pacte ou une fantaisie. »

J'ai eu envie de raconter les histoires de mes bagues, parce qu'alors que mes yeux faisaient l'aller-retour entre l'écran et mon doigt, je me suis rendue compte que c'était bien vrai ce qu'il disait, le bougre.

Des bagues, en ce moment, j'en porte trois.


Celle-là a une histoire classique. C'est le cadeau d'anniversaire de mes dix-neuf ans.
Le dessus que l'on voit sur la photo est en argent, et l'anneau est plaqué or. Les trois brillants doivent être en cristal de zirconium.
Je me souviens bien de cet anniversaire parce que quand ma maman m'avait demandé ce que je voulais, je n'avais pas su quoi répondre (même en réfléchissant). C'est dingue, quand même... Il y a des périodes comme ça où nos désirs matériels ne prennent pas forme, sans doute parce qu'on n'a pas réellement envie de les pousser jusque là.
En tout cas, l'idée de la bague était venue un peu en dernier recours (j'en ai été très contente quand même ^^). Et bien sûr, quelques semaines après la grâce divine se matérialisait sous la forme d'une paire de chaussures de fooolie et je maudissais mes ancêtres de ne pas m'avoir prévenue à temps. (Cela étant, j'ai fini par acheter les chaussures, puis par les rendre parce qu'elles étaient décidément trop grandes en 38, et trop petites en 37 mais breeeeef. End of story)


La bague suivante est plus intéressante, c'est la Bague de Fiançailles de Hao & Litchee. Car oui, fiançailles il y eut, et dans des circonstances originales ^^ Mais avant de détailler ce passage crucial de l'Histoire, je précise que cette bague est en argent et la pierre en cristal de roche.
Sans plus attendre donc, les fiançailles. Vous n'êtes pas sans savoir que mon acolyte Hao et moi-même assistions aux mêmes cours de Philosophie à l'époque bénie du Lycée. Notre prof était une charmante jeune femme aux idées larges qui avait décidé de célébrer un mariage en classe afin d'illustrer le concept de parole = action. Et nous évidemment avons pensé très malin de nous porter volontaires, moins pour défendre le droit au mariage homosexuel que pour emmerder les « méchantes » de notre classe. En tout cas, la prof a accepté très sereinement de mettre en scène notre union. Elle était rigolote, quand même, maintenant que j'y pense. Notez qu'on n'aurait peut-être pas osé faire autant les pitres devant un vieux barbon platonicien ^^
Toujours est-il que nous avons échangé les anneaux en pouffant, devant un public stupéfait. Et par chance, les anneaux étaient coordonnés puisque Hao avait exactement la même bague, avec une pierre rouge sang.
Ces bagues sont donc rentrées au Panthéon de nos trips débiles, et y resteront probablement jusqu'à nos vieux jours, lorsque chacune dans notre rocking-chair nous évoquerons avec passion nos souvenirs de jeunesse, et nous nous ébahirons encore une fois de notre propre finesse (« quand on s'était mariées en philo tu te rappelles la tête de Myriam Machin pffihihi »).


Enfin, celle-ci a une connotation plus grave, c'était la bague de ma cousine Margaux, qui s'est suicidée l'année dernière (post ici). Ma tante me l'a donnée, et c'est un geste qui m'a beaucoup touchée. Margaux portait très souvent cette bague, qui a sa propre histoire: achetée à Londres, volée par une copine de copine, cachée, tordue, découverte, dé-tordue, rendue...
Comme la chanson « Into the West », que j'ai incluse dans son post linké plus haut, cette bague me rappelle énormément Margaux. C'était une fille très particulière, qui avait des passions très fortes pour les choses, alors que par ailleurs elle était difficile à déchiffrer. Cette bague, elle devait l'adorer, puisqu'elle la portait tout le temps. Tout comme les univers de fantasy, notamment le Seigneur des anneaux, les films, certaines musiques... c'étaient des choses dont elle ne se lassait pas, paradoxalement à son comportement quotidien qui semblait tellement blasé.
J'ai un souvenir que je chéris spécialement à son propos. Pour ses dix-huit ans, ma mère et moi lui avions envoyé une carte où j'avais écrit un truc du style « c'est un âge merveilleux... » (ça a dû lui paraître très bête étant donné qu'elle ne voulait pas de cet âge merveilleux, elle a sauté quelques semaines plus tard). Autour des mots, j'avais dessiné des fleurs et des papillons roses et dorés. Quand je l'ai revue ensuite, Margaux m'a raconté que sa mère s'était un peu moquée de mes papillons. Elle a ajouté d'un air fâché: « J'ai dit, moi ça m'a fait très plaisir que Louise me dessine des papillons... »
C'est un petit détail, insignifiant dans tout autre contexte que celui-ci. Mais dans la bouche de quelqu'un d'aussi réservé, d'aussi secret, d'aussi incapable de travestir ses sentiments... ça sonne comme une déclaration. Ca me paraît une manière de me dire que la relation que nous avions, quasiment celle de deux soeurs, était réelle, qu'elle était capable d'éprouver de l'affection pour moi, comme j'en éprouvais pour elle. Elle exprimait tellement peu ses sentiments que c'est la marque la plus sûre que j'en ai, du moins pour ces derniers mois, pour sa courte vie adulte.
Voilà, tout ça dans une bague...


Je porte ces trois bagues au même doigt, qui expriment chacune ce qu'elles veulent, et plus encore.

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