samedi 17 mai 2008

JK Rowling, Lexicon et Oz

par Orson Scott Card (source), traduction de Litchee

Vous le croyez, vous, que JK Rowling traîne un petit éditeur en justice parce qu'elle affirme que son édition à 10 000 exemplaires du Lexicon d'Harry Potter, un livre traitant de la très populaire série de romans de Rowling, n'est qu'un « remaniement » de son propre travail.

Rowling « a le sentiment qu'on a volé ses mots », déclare son avocat Dan Shallman.

Eh bien, merde, j'ai l'impression que JK Rowling a volé l'intrigue de mon roman La Stratégie d'Ender.

Un jeune garçon qui grandit dans une situation familiale d'oppression apprend soudain qu'il fait partie d'une catégorie spéciale d'enfants dotés de pouvoirs particuliers, qui doivent suivre un enseignement dans un établissement éloigné où la vie des élèves est dominée par un jeu intense qui se joue en équipe et en volant dans les airs, et où ce garçon se révèle être exceptionnellement doué et avoir une nature de leader. Il forme les autres enfants lors de sessions supplémentaires non autorisées, ce qui fait enrager ses ennemis, qui l'attaquent avec l'intention de le tuer; mas il est protégé par ses amis loyaux et intelligents et puise de la force dans l'amour de certains membres de sa famille. Il a comme mentor un homme plus âgé ayant accompli des exploits légendaires qui auparavant avaient maintenu l'ennemi à distance. Il devient la personne au centre d'une lutte contre un ennemi sans visage qui menace la Terre entière.

Ce paragraphe ne dresse la liste que des similarités les plus probantes entre La Stratégie d'Ender et la série Harry Potter. Mon livre a été publié en Angleterre bien des années avant que Rowling commence à écrire Harry Potter. Il est établi que Rowling avait lu énormément de fiction spéculative durant la période suivant la publication de mon livre.

Je pourrais venir à la barre moi aussi, Mme Rowling, et dire que je me sens « personnellement violé ».

La différence entre nous est que moi, je retire assez d'argent de La Stratégie d'Ender pour m'en contenter, sans avoir à essayer de punir les gens dont la créativité pourrait avoir été inspirée par quelque chose que j'ai écrit.

Mon travail n'est pas le seul dont on peut accuser Rowling d'avoir « emprunté » quelques éléments. Regardez cette page d'un site de fans, qui liste les liens entre HP et d'autres travaux antérieurs: http://www.geocities.com/versetrue/rowling.htm. Et n'oubliez pas la plainte déposée par Nancy K. Stouffer, l'auteur d'un livre intitulé La Légende de Rah et les Moldus, dont le héros s'appelait « Larry Potter ».

A l'époque, les avocats de Rowling ont qualifié la déclaration de Stouffer de «sans fondement».

C'est vrai que nous, les auteurs, nous empruntons des mots les uns aux autres, mais nous sommes supposés le reconnaître et pas prétendre que nous sommes originaux alors que c'est faux. J'ai pris le mot « ansible » chez Ursula K. LeGuin, et je l'ai toujours dit. Rowling, cependant, nie en bloc.

Si Steven Vander Ark, l'auteur du Lexicon, avait écrit une fiction qu'il présentait comme originale, alors qu'elle n'était qu'un remaniement d'idées piquées aux livres HP, alors elle aurait de quoi porter plainte.

Mais le Lexicon n'a été publié que pour servir de référence aux gens qui ont déjà payé leurs exemplaires des livres de Rowling. Même si le livre n'est pas universitaire, il appartient très certainement au domaine du commentaire universitaire.
L'hypocrisie de Rowling est tellement grosse que j'en ai le souffle coupé: avant la publication de chaque roman, il existait des livres dessus qui n'étaient pas plus intrusifs que le Lexicon. J'ai contribué à l'un d'eux, et il n'y a pas eu de plainte de Rowling ni de ses éditeurs à ce propos parce qu'ils savaient parfaitement que ces publications auxiliaires, universitaires/de fans, leur faisaient une excellente publicité et boostaient même les ventes.

Mais à présent la série HP est terminée, et Rowling affirme que son « travail de création » est «annihilé».

Bien entendu, elle n'affirme pas que c'est le Lexicon qui gêne son « travail de création » (à qui est-ce qu'elle est en train de piquer des trucs cette fois-ci?); c'est le procès lui-même! Et puisqu'elle a choisi de le demander, de qui est-ce la faute? Si elle avait laissé Vander Ark tranquille publier son petit bouquin et gagner sa petite croûte, elle n'aurait pas été distraite de son prochain roman.

Mais non, Rowling affirme que le livre de Vander Ark « constitue le vol géant de 17 ans de dur labeur ».

Dix-sept ans? Quelle connerie. Apparemment elle comprend là-dedans tout le temps qu'elle a passé à lire, et à emprunter, le travail d'autres écrivains.

A la barre, cela dit, la plainte principale de Rowling semble être qu'elle-même serait bien mieux à même d'annoter et de faire une encyclopédie de sa propre série.

Et alors?

Rien ne l'empêche de le faire, annoter et expliquer ses propres romans. Vous croyez que s'il y avait un Harry Potter Annoté par l'Auteur, le livre de Vander Ark interfèrerait avec ses ventes d'une quelconque façon?

Cette plainte sans fondement met en sérieux danger la tradition du commentaire de fiction toute entière. N'importe quel étudiant écrivant sur les livres HP, et en faisant une thèse, fera certainement tout ce dont elle se plaint à l'heure actuelle.

A partir du moment où on publie de la fiction, Mme Rowling, tout le monde est libre d'écrire dessus, de la commenter, et de la citer librement, tant que la source est mentionnée.

Ironie: le contenu du livre de Vander Ark s'est trouvé sur son site web pendant des années, et Rowling est réputée avoir tenu ce propos: quand elle avait besoin de rechercher quelque chose dans ses livres précédents, elle allait parfois se « glisser dans un cybercafé quand elle écrivait ailleurs que chez elle et vérifier quelque chose plutôt que d'aller dans une librarie acheter un exemplaire de HP. »

En d'autres termes, elle a déjà fait un usage personnel du travail de Vander Ark et lui a trouvé de l'intérêt. Même s'il avait des défauts, elle l'a trouvé utile.

Ca signifie que Vander Ark a créé quelque chose d'original et d'utile, il a ajouté de la valeur au produit. Si Rowling veut se plaindre que cela interfère avec sa créativité à présent, elle aurait dû se plaindre quand elle l'utilisait, et délivrait un prix à Vander Ark pour son site en 2004.

Maintenant, bien sûr, elle regrette « amèrement » d'avoir délivré ce prix.

Vous savez ce que je pense?
Rowling n'a nulle part où aller et rien à faire maintenant que la série HP est terminée. Après tous ses emprunts littéraires, ça y est, elle a juté et maintenant elle erre en essayant de trouver quelque chose à faire qui ait un sens.

En outre, elle tuerait pour une respectabilité littéraire. Bien qu'elle se soit fait plus d'argent que la Reine ou Oprah en quelques années, elle a dû voir ses livres poussés hors de la liste des bestsellers et consignés dans une liste «Jeunesse» à part. Les littérateurs méprisent son travail, le traitant comme une sorte de sous-littérature, qui ne vaut pas vraiment la peine qu'on en parle.

Ca la rend folle. L'argent n'était pas suffisant. Elle veut qu'on lui témoigne du respect.

Dans le même temps, elle est aussi entourée de gens dont la fonction principale est de lui lécher les bottes. Il n'y a aucun doute que certains lui ont dit « C'est mal de la part de ces gens d'exploiter ce que tu as créé pour se faire de l'argent. »

Elle s'est laissée convaincre d'être indignée par une publication tout à fait normale, dont elle avait elle-même eu l'usage pendant son existence en ligne.

Maintenant elle porte plainte contre quelqu'un qui a passé des années à promouvoir son travail sans recevoir le moindre centime en retour, et qui l'a même aidée à se faire une partie de ses billiards de dollars.

Le talent n'excuse pas l'ingratitude de Rowling, sa vanité, sa cupidité, son attitude persécutrice sur le pauvre gars, et ses plaintes pathétiques d' « emotional distress ».

J'espère ardemment que le verdict suite à ce procès sera:

1: La publication du Lexicon continuera sans aucun problème ou préjudice, parce qu'il entre tout à fait dans le cadre de la loi du copyright sur le travail universitaire, commentaire et critique.

2: Rowling sera obligée de payer les frais de procédure de Steven Vander Ark, puisque sa plainte n'était pas fondée à la base.

3: Les gens qui entendront parler de cette affaire auront un goût amer dans la bouche à propos de Rowling à présent. Son conte de fée à la Cendrillon nous a charmés un temps. A présent, son comportement de méchante sorcière cupide nous révulse. Et son prochain livre sera vu comme le bouquin de l'autre vieille sorcière.

C'est comme sa déclaration, idiote et intéressée, de l'homosexualité de Dumbledore. Elle veut qu'on la loue d'être moderne et politiquement correcte, mais elle n'a pas eu le cran de mettre ce « fait » supposé dans les romans eux-mêmes, sachant que cela pourrait freiner les ventes.

Quelle lâche, gonflée et prétentieuse. Quand j'ai un personnage gay dans un de mes livres, je le dis dans le bouquin directement. Je n'attends pas que toutes ses ventes initiales se soient faites pour en faire mention.

Rowling a maintenant montré qu'elle manquait de cervelle, de coeur et de courage. Clairement, elle a besoin de faire un tour à Oz.