jeudi 20 août 2009

Tout ne se vaut pas

Cela fait un moment que la polémique sur le rappeur Orelsan et sa chanson "Sale Pute" est retombée comme un très vulgaire soufflé. Pour ceux qui reviennent d'un séjour de huit mois sur Neptune, on en trouve ici un résumé sommaire.
Les coeurs les mieux accrochés peuvent s'infliger le visionnage du fameux clip, je décline toute responsabilité quant aux possibles conséquences sur la santé (graves séquelles auditives, nausées, vomissements, céphalées, etc.).
On en pensera ce qu'on voudra, bien sûr. Pour ma part, j'ai mon opinion depuis longtemps : artistiquement faible, vulgaire, insultant, et terriblement révélateur. Derrière une vindicte personnelle (contre une femme adultère) fleurissent les allusions plus larges : je pensais que tu étais différente, mais au fond vous êtes toutes les mêmes. Ce que vous faites, ce que vous êtes est ignoble : voilà ce que vous méritez.
Je suis trop paresseuse pour recenser tous les extraits d'autres chansons du même auteur qui confirment ce courageux engagement, mais si vous me faites confiance, croyez bien ceci : c'est une passion récurrente.

Loin donc du vacarme des canons et de la poussière des tranchées, aujourd'hui, je suis allée benoîtement faire mon tour bisannuel sur le blog de Maître Eolas, l'avocat le plus célèbre du net français.

Et qu'y trouvé-je ? Un article des plus complets sur le sujet, qui nous explique que tous ces Tartuffes - féministes, politiques, artistes et simples quidams confondus - ne cherchaient qu'à étouffer le cri d'amour d'un pauvre agneau de Normandie qui ne fait que de l'art. Au même titre que Shakespeare (Othello, fou de jalousie, poignardant Desdémone), Rimbaud, Vian, Brassens (ah-ah-ah-ah putain de toi...) ou Baudelaire.

Je ne vais même pas me lancer dans le débat évident du "deux poids deux mesures" de la législation et du comportement des médias, qu'il s'agisse d'une minorité (ethnique, religieuse, etc.) ou de la gent féminine.
Les femmes, on peut leur casser du dos sur le sucre à l'envi : tout le monde s'en fout (d'autant qu'elles sont habituées). Soit. Etant moi-même opposée aux lois anti-discriminatoires portant atteinte à la liberté d'expression, je n'ai pas l'intention de changer d'avis pour cette affaire.

Par contre, ce qui tend à me titiller, c'est qu'Eolas (et bon nombre d'autres intervenants de l'affaire Orelsan) ne s'arrête pas à la constatation de la légalité de la chanson (et des autres dont on ne parle pas).
Il ajoute que nous - autrement dit, faut-il le rappeler, les contribuables qui versons tous les mois un pourcentage de notre salaire afin de payer à Orelsan sa bouteille d'Evian et sa petite serviette éponge sur la scène des Francofolies - ne pouvons même donner notre avis sur sa présence audites Francofolies sans être qualifiés d'infâmes censeurs.

Car, et c'est là que j'en viens au fait après une longue introduction, nous n'avons pas le droit d'établir une hiérarchie dans l'art.
L'art est liberté, et en art, tout se vaut.
Par conséquent, nous sommes tenus d'acquiescer lorsqu'un "artiste" misogyne vient nous demander son quart d'heure de gloire, nous sommes tenus d'applaudir lorsqu'il vient parler à la télévision, et - ah ? On me signale aussi dans l'oreillette que nous sommes tenus d'acheter son album, car tout se vaut, n'est-ce pas, et nous ne voudrions pas passer aux yeux de nos concitoyens pour de méchants discriminateurs.

Ah, ah ! Nous voilà bien attrapés, car en effet, qui sommes-nous pour juger ?
Et la foule de se retirer, honteuse. Pardon, monsieur Orelsan, pardon.

Mais non. Non, toutes mes excuses, je ne suis pas d'accord.

Tout. Ne. Se. Vaut. Pas.

Orelsan ne vaut pas Othello. NTM ne vaut pas Boris Vian ou Rimbaud.
Je me fiche bien de ce que la bien-pensance dicte au public d'aujourd'hui.
Le talent existe. L'art existe. Ce n'est pas qu'une vue de l'esprit.

Et si jamais - jamais, dans toute la polémique le concernant - il n'a été question de condamner Orelsan ou de l'empêcher par une décision de justice de se produire en concert, c'est par contre le simple bon sens qui nous fait dire : je n'ai pas envie de le voir, je n'ai pas envie que mes impôts empruntent le petit sentier que je vois serpenter jusqu'à la poche de son jean trop large.
Nous aussi, nous avons une liberté d'expression et nous avons le droit de dire, sans devenir aussitôt des bêtes immondes, des nouveaux Goebbels, que nous n'aimons pas Orelsan, que nous n'aimons pas cette chanson, que nous n'aimons pas cette philosophie.

Et puis d'ailleurs, j'y pense soudain, ces artistes qui se valent tous, comment sont-ils choisis, au départ, pour figurer sur les brochures des festivals ? Sont-ils tirés au sort parmi les 65 millions de Français, comme le dicterait la logique ? (Notez que ce serait drôle.)
Non, ces artistes sont choisis par des gens qui en écartent d'autres pour les distinguer, eux. Autrement dit, qui pratiquent la discrimination.
Autrement dit encore,
si nous suivons cette politique du laisser-faire,
si nous refusons de donner notre avis,
nous ne choisirons rien,
et d'autres choisirons pour nous.

Voilà une belle proposition d'avenir.

Merci, Maître Eolas !

mardi 18 août 2009

Je ne suis pas qu'un corps

Il est devenu banal pour une femme de dire qu'elle refuse de n'être qu'un corps.

Pourtant, son combat n'est pas fini.

Les pires, bien sûr, ce sont ceux qui violent. Ceux qui passent à l'acte, physiquement, qui s'invitent, qui déchirent et qui profanent.

Mais plus insidieux sont ceux qui revendiquent sous des airs de flatterie une philosophie de la femme sous l'homme, du bel animal sensuel qui ne sait pas ce qu'il lui faut.

Au fond, oui, pour ces gens-là, nous sommes des animaux. Des êtres poétiques pleins d'intuition et dotés d'un supplément d'âme, dont chaque mouvement est un mythe, et chaque battement de cils, une supernova.
L'homme réfléchit, la femme ressent. La femme fascine, l'homme observe.
Enfermées dans des cages, nous sommes de passionnants objets d'étude pour ces anthropologues du dimanche dont le petit bloc-notes est couvert de superlatifs élogieux et humiliants.

Vous rendez-vous seulement compte de ce que vous dites ?
Vous rendez-vous compte que vous nous cantonnez à un rôle de faire-valoir, que vous nous méprisez en vous pensant plus aptes que nous-mêmes à nous comprendre et à nous qualifier ?
Nous avons lu, comme vous. Nous avons vu, comme vous. Nous avons compris, comme vous.
Nous sommes capables de passer au-delà du ressenti, comme vous, comme la plupart des êtres conscients.
Nous sommes différentes, oui, je l'admets volontiers. La différence entre l'homme et la femme est fondatrice de l'humanité.
Pour autant, les choses doivent-elles être si tranchées ?
Yin et yang, positif et négatif, dessus et dessous ?
Indépendant et dépendante ? Dehors et dedans ?
Torse nu et voilée ?

Je me dis que ces garçons-là ont peut-être peur d'entretenir une relation qui franchisse la barrière de la chair. Trop effrayant, sans doute, la pensée d'un couple capable d'avoir une conversation, d'échanger véritablement dans la sphère des idées.
Et de se féliciter d'avoir tant grandi, et du haut de leur longue expérience de la vie, d'avoir capturé en quelques mots l'essence même de cette créature réputée insaisissable.
C'est une philosophie du renoncement, finalement. Non, je ne comprendrai jamais, reste cet être insaisissable, je préfère te qualifier de supérieure et m'octroyer tous les privilèges, car le secret de ton propre bonheur t'est inconnu. Parce que tu es au-dessus des préoccupations de ce monde.

Mais ce monde, j'y vis. Ce monde n'a pas, comme vous, décidé de m'épargner pour préserver ma fraîcheur et ma beauté. Ce monde m'impose des épreuves et le doute ne me quitte pas plus que vous.

"Les femmes et les parfums sont subtils, aussi faut-il bien les enfermer."
Mahomet

samedi 15 août 2009

Vis ma Vie au Service des Urgences - Aujourd'hui : Les Internes

Afin de partager avec vous ma grande expérience de la vie, je vous offre un reportage totalement exclusif sous les dessous du job d'été le plus haletant de Loire-Atlantique :

Vis Ma Vie au Service des Urgences

Avec aujourd'hui, focus sur une race d'Etres Supérieurs fréquemment rencontrés aux Urgences : les internes.
Ces admirables personnages se reconnaissent facilement à leur air morne (signe que leur dévotion à leur Sainte Vocation est infinie), leurs yeux cernés (car ils ont profité de leurs nuits libres de la semaine pour faire la fête), et surtout à la plaque de marbre de dix-sept kilos qu'ils portent autour du cou, gravée de l'inscription suivante en lettres d'or :


CONDUITE À TENIR AVEC L'ÊTRE INFINIMENT SUPÉRIEUR QUE JE SUIS

1 : Mon Regard supérieur, jamais tu ne croiseras.
2 : Ma très supérieure Amabilité, jamais tu ne mériteras.
3 : A moins de vingt mètres de ma merveilleuse et supérieure Personne, le plus rarement possible tu t'approcheras.
4 : Sans ma supérieure et expresse Invitation, la parole jamais tu ne m'adresseras.
5 : Lorsque j'aurai besoin de quelque chose afin d'effectuer mon supérieur Travail, toutes affaires cessantes tu me le procureras.
5bis : Da ma Bouche supérieure, jamais de remerciement ne descendra vers toi.
6 : A moins de vingt mètres de moi et mes supérieurs Collègues, jamais tu ne mangeras, fumeras ou boiras ton café.
7 : Et enfin, lorsque j'enverrai un patient vers ton secrétariat et que je prononcerai la phrase fatidique réduisant tout ton travail de vérification, de classement et d'accompagnement à zéro...
"Il vous faut juste un petit coup de tampon sur vos ordonnances !"
...jamais, jamais, répliquer tu ne pourras.

samedi 8 août 2009

Vieux bluesman et panthère douce

Hier soir, je suis allée faire un tour aux Escales.

Les Escales sont une vieille institution nazairienne dont mes parents et leurs amis étaient des habitués.
L'un travaillait à l'organisation du festival, un autre à la régie son ou lumière, parfois le groupe de mon père montait sur scène.
En tout cas c'est un événement qui a fait partie de ma vie jusqu'à l'adolescence, où les événements que l'on connaît m'en ont éloignée petit à petit.

Aujourd'hui je n'y vais plus, et c'est sur un coup de tête que j'ai décidé d'y retourner hier soir, sans but précis.

J'ai donc pu écouter en live l'auteur des blues et des chansonnettes de mon enfance, l'expat américain Steve Waring :



Le clip intègre même le grésillement du vinyle, comme au bon vieux temps !

J'étais tellement bien là, assise par terre comme une gamine, que j'ai eu bien du mal à me lever pour aller voir une chanteuse tchadienne que je ne connaissais pas : Mounira Mitchala.
J'ai quand même été intriguée par son visage sur la brochure :



On ne voit pas tous les jours une jeune et jolie Africaine s'affirmer comme auteur-compositeur-interprète dans les festivals internationaux.
J'ai donc bougé mes fesses, et je ne l'ai pas regretté.
Bluffée j'ai été !
Fan, depuis je suis !

Je l'ai tout de suite repérée en arrivant, malgré la foule amassée devant elle : tout en chantant de son beau timbre doux et puissant, elle agitait son shékéré, courait, dansait, sautait, volait, et le tissu pailleté dont elle était drapée volait avec elle.
J'étais émerveillée de recevoir tant de beauté d'un seul coup : la silhouette ondulante de Mounira se découpant sur le ciel pâle de vingt-et-une heures, la brise tiède aux parfums de sucre et d'épices, la basse, les choeurs, la mer.
Avant chaque chanson, elle en résumait sobrement le message : une chanson dédiée au combat de la femme africaine contre le poids des traditions. Une chanson pour exhorter les Tchadiens au dialogue afin de faire cesser la guerre civile. Une chanson-hommage à sa mère et à son village.
On ne pouvait qu'imaginer, ensuite, le sens des mots, des phrases.
Et elle riait, poussait des cris, embarquait tout le monde, toujours avec la même grâce et le même naturel.

Oui, bluffée j'ai été, fan je suis, et surprise je ne suis pas d'apprendre qu'on la surnomme "la panthère douce du Tchad".