mardi 18 août 2009

Je ne suis pas qu'un corps

Il est devenu banal pour une femme de dire qu'elle refuse de n'être qu'un corps.

Pourtant, son combat n'est pas fini.

Les pires, bien sûr, ce sont ceux qui violent. Ceux qui passent à l'acte, physiquement, qui s'invitent, qui déchirent et qui profanent.

Mais plus insidieux sont ceux qui revendiquent sous des airs de flatterie une philosophie de la femme sous l'homme, du bel animal sensuel qui ne sait pas ce qu'il lui faut.

Au fond, oui, pour ces gens-là, nous sommes des animaux. Des êtres poétiques pleins d'intuition et dotés d'un supplément d'âme, dont chaque mouvement est un mythe, et chaque battement de cils, une supernova.
L'homme réfléchit, la femme ressent. La femme fascine, l'homme observe.
Enfermées dans des cages, nous sommes de passionnants objets d'étude pour ces anthropologues du dimanche dont le petit bloc-notes est couvert de superlatifs élogieux et humiliants.

Vous rendez-vous seulement compte de ce que vous dites ?
Vous rendez-vous compte que vous nous cantonnez à un rôle de faire-valoir, que vous nous méprisez en vous pensant plus aptes que nous-mêmes à nous comprendre et à nous qualifier ?
Nous avons lu, comme vous. Nous avons vu, comme vous. Nous avons compris, comme vous.
Nous sommes capables de passer au-delà du ressenti, comme vous, comme la plupart des êtres conscients.
Nous sommes différentes, oui, je l'admets volontiers. La différence entre l'homme et la femme est fondatrice de l'humanité.
Pour autant, les choses doivent-elles être si tranchées ?
Yin et yang, positif et négatif, dessus et dessous ?
Indépendant et dépendante ? Dehors et dedans ?
Torse nu et voilée ?

Je me dis que ces garçons-là ont peut-être peur d'entretenir une relation qui franchisse la barrière de la chair. Trop effrayant, sans doute, la pensée d'un couple capable d'avoir une conversation, d'échanger véritablement dans la sphère des idées.
Et de se féliciter d'avoir tant grandi, et du haut de leur longue expérience de la vie, d'avoir capturé en quelques mots l'essence même de cette créature réputée insaisissable.
C'est une philosophie du renoncement, finalement. Non, je ne comprendrai jamais, reste cet être insaisissable, je préfère te qualifier de supérieure et m'octroyer tous les privilèges, car le secret de ton propre bonheur t'est inconnu. Parce que tu es au-dessus des préoccupations de ce monde.

Mais ce monde, j'y vis. Ce monde n'a pas, comme vous, décidé de m'épargner pour préserver ma fraîcheur et ma beauté. Ce monde m'impose des épreuves et le doute ne me quitte pas plus que vous.

"Les femmes et les parfums sont subtils, aussi faut-il bien les enfermer."
Mahomet

1 commentaire:

Tagera a dit…

J'ai vraiment bien aimé cet article. Il fut un temps où j'étais moi-même considérée comme un corps. Heureusement/malheureusement j'ai pris 33 kilos, depuis les hommes ne me regardent plus, aucun... Je pense que j'ai de la chance en fin de compte...

Bisous

Tribeca