mardi 17 août 2010

Là-bas le soleil s'écroule dans la mer

J'ai l'impression d'assister à la rencontre de ma vie avec un mur de béton.

Tout ce que je raconte depuis six ans sur ce blog, c'est un peu la route en zigzag, le pied qui martèle la pédale, les freins qui ne répondent plus, le vent qui s'engouffre par la vitre ouverte, le paysage qui défile tout flou de chaque côté.

Et puis boum.

Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Est-ce qu'il aurait mieux valu continuer à foncer éternellement, en faisant semblant de ne pas voir le mur à l'horizon ? Ecouter très fort La Ballade de Jim en fumant clope sur clope, et boire et rire et parler d'autre chose ?

Un des symptômes de cette nouvelle situation, c'est que j'ai de plus en plus de mal à parler d'autre chose, précisément. À répondre que "Oui ça va, tu sais, la routine, et toi alors ? La fac/ton boulot/ton mec/ton chien/ton herpès génital ? (Bla, bla, bla)".
Notez que truc de la routine n'est pas entièrement faux, sauf que c'est la déprim/ession qui est devenue la routine. Et ce n'est pas que je meurs d'envie de me plaindre, au contraire. Juste que j'ai de plus en plus de mal à faire semblant d'aller bien.

Je me rends compte de tout ce que j'ai caché à la grande majorité de mon entourage depuis des années. Notamment, que je ne me suis toujours pas remise de la mort de papa (je devrais dire la maladie de papa, ces années critiques qui ont formé une bonne partie de ma personnalité, et pas les meilleurs côtés). Que je n'ai aucune idée de ce que je vais faire de ma vie, que je ne me sens toujours pas normale à l'intérieur.
Que j'ai développé un système complexe pour me maintenir à flot, m'aider à vivre, un système qui me rend folle lorsque son bon fonctionnement se trouve entravé - impossibilité de grignoter, manque de musique, plus de clopes, montée d'angoisse en société, etc.
Tout ça, là, depuis quelques mois, c'est en train d'éclater, de sortir de partout. Ça s'écrase lentement contre le mur avec un bruit de métal froissé et il y a des bouts qui volent dans tous les sens.

End of the line. Tout le monde descend. Debriefing. Réflexion.

Ce post fait en quelque sorte partie de ça, d'ailleurs : retrouver cette catharsis que mon bloguinet chéri me procurait naguère (dans l'ancien temps de jadis). M'exprimer par l'écriture, c'est encore le meilleur moyen que j'ai trouvé pour clarifier mes idées, mettre à distance, et me décharger des choses trop lourdes.
Il y a quand même un problème : c'est que dans l'ancien temps de jadis, ce blog était un îlot d'expression décousue au milieu d'une foule virtuelle plus ou moins familière. C'était l'endroit parfait pour se raconter et se lamenter. Aujourd'hui, il n'est plus lu que par une poignée de personnes tellement proches que je passe mon temps à me demander si elles ne vont pas s'inquiéter outre mesure ou prendre des choses "pour elles".

Donc : Maman, si tu lis ce blog, je t'ai trop bien appris Internet. Sache d'une part que je ne suis pas moi mais une autre personne du même nom. D'autre part, tu dois cliquer sur la croix en haut de la fenêtre pour éviter d'être infectée par un terrible virus informatique élaboré spécialement afin de bloquer l'accès au jeu FreeCell.