vendredi 26 novembre 2010

Comment peut-on vivre ?

Je crois que c'est ça, le problème.

Je n'ai pas envie de mourir. Je suis terrifiée à l'idée de mourir. Je n'ai jamais envisagé sérieusement la possibilité du suicide - joué avec, parfois, contemplé, oui. Mais c'est tout.
J'ai en tête mille raisons de rester en vie. Pour les autres bien sûr... et pour les instants précis, pour manger du homard parce que je n'en ai jamais goûté et j'adore le crabe, pour les après-midi de juillet, pour l'Erdre, pour down le Roi Liche, pour les chamallows fondus et la vodka, pour monter sur scène, pour Mme de la Fayette, pour l'encens et les fleurs.

Mais comment peut-on ? Comment peut-on, la vue brouillée par la douleur ? Comment peut-on alors que ceux qu'on aime peuvent nous être pris en un instant ? Alors qu'un instant suffit pour que les couleurs virent au noir et que le ciel s'écroule ?
Alors comment peut-on ?

Je crois que c'est de là que vient ma paralysie : je ne peux pas mourir, mais je ne peux pas vivre.

mardi 23 novembre 2010

Abrutis


Arte/Philosophie - 14/11/2010 - Extrait original sur les JV
envoyé par 3emeType.

J'ai vu des dizaines d'amitiés se former grâce aux jeux vidéo. J'ai vu des histoires d'amour commencer dans ou grâce à un jeu vidéo. J'ai vu des communautés se bâtir, évoluer, et devenir un ciment indestructible entre des gens totalement différents unis par des passions communes.
J'ai lu l'histoire d'un tétraplégique à qui le jeu vidéo permettait des choses normalement inconcevables dans sa situation. Avec ses amis et son épouse, il relève les mêmes défis que les autres. Il a la chance, unique dans sa vie, d'être comme les autres.
J'ai vu des jeunes gens développer des talents qu'ils n'auraient peut-être jamais exploités, sans le jeu vidéo : chant, arts plastiques, écriture… Et recevoir des félicitations, des encouragements, parfois un "vrai travail" en récompense. J'ai vu des gens y consacrer leur vie et s'épanouir dans un boulot qui les passionne.
J'ai vu des équipes improbables travailler ensemble, explorer leurs propres forces et faiblesses, apprendre à conseiller sans vexer, à recevoir une critique sans se mettre en colère.
J'ai eu la chance incroyable de voir ma soeur, que j'adore, devenir amie avec mes propres amis - à travers le jeu.
Si j'avais le temps, je ferais la liste de toutes les choses dans ma vie et dans celles de mes proches qui auraient été différentes, sans le jeu vidéo. Des gens qui n'auraient pas eu d'enfant, des gens qui se seraient abîmés dans la solitude et la dépression, des gens qui, s'ils avaient "vécu" au sens de M. Colas Duflo, auraient moins vécu.
Je vois des gens qui s'aiment, qui imaginent, qui apprennent, qui rient, qui pleurent, qui échouent puis qui réussissent, qui VIVENT dans tous les sens du terme, et si certains ont des têtes d'abrutis, bon sang, ce sont mes abrutis à moi et je les aime à la folie.

mercredi 10 novembre 2010

Home

A Saint-Nazaire, il n'y a personne dans les rues l'hiver. Si : les alcoolos paumés et les bandes de racailles.
On marche le long de grandes avenues noires et blanches, bordées de voitures et de cubes en béton sale.
On baisse les yeux. On file une clope et on essaie d'avoir l'air banale et inintéressante pour continuer son chemin sans encombre.
Deux fois, un type à vélo m'a mis la main aux fesses en passant à côté de moi. Imaginez-vous l'effet que ça fait, ce tripotage dont l'auteur s'éloigne en toute impunité. Oui, pourquoi se priverait-il, finalement ? Qui va le poursuivre ? Ca n'a duré qu'une demi-seconde.
Et l'autre soir, un type m'a suivie. Dans la rue, puis dans le supermarché, dans la rue à nouveau, et jusque dans l'immeuble. J'ai couru dans les escaliers et sonné très fort à la porte.
Et si j'habitais seule ? Au rez-de-chaussée ?

A Nantes, tout le monde marche, tout le monde prend le tram. Il fait froid, on s'emmitoufle mais on sort. On va acheter son pain, ses clopes, son journal.
Il y a des vieux dans la rue à Nantes. Ils marchent doucement en serrant leur baguette. Il y a des poussettes, aussi.
A la place du béton glauque, il y a l'eau. Grise, blanche, argentée, verte, bleue, rose, orange, elle clapote entre ses quais, toujours tranquille. A la place des voitures, il y a des péniches.
J'habite à cent mètres du commissariat. Et de toute façon, il y a trop de passage, trop de lumière (notamment grâce à l'Erdre qui ouvre la rue en deux) pour qu'il m'arrive quoi que ce soit. Ca fait quatre ans que j'habite ici et je n'ai même pas été bousculée. Les clochards ne causent jamais un souci. Ils demandent pièces ou clopes - on dit oui, on dit non, ils n'insistent pas.
J'ai mon bureau de tabac, mes boulangeries (dont avec Hao nous étudions les mérites comparés), mon petit café-resto, mon bar, mon épicerie, mon tram, mon parc. Mon quartier est beau et différent tous les jours, sous toutes ses couleurs.
Tous les soirs, il m'offre un coucher de soleil et je m'émerveille une nouvelle fois d'habiter un endroit pareil.